L’insidieux pouvoir des firmes pharmaceutiques

23 avril 2010

Les médecins, dans leur langage quotidien, nomment souvent les firmes pharmaceutiques « les Labos ». A tort. Ce serait plus proche de la réalité de les appeler « Vendeurs de Pilules ».

Hier en voulant prescrire un bêta-bloquant à un patient hypertendu,  au cabinet du Dr T. que je remplace, j’ai prescrit du NEBILOX© (nébivolol). Je me suis demandé pourquoi avoir pensé à ce nom commercial plutôt qu’un autre, plutôt que prescrire une molécule.

C’est ce matin que j’ai compris. En remplaçant un autre médecin, le Dr Q.  Dr Q est un très bon médecin, notamment il est informatisé (j’y reviendrai), malheureusement son logiciel est en partie financé par l’industrie pharmaceutique. En échange d’une ristourne, il a autorisé le logiciel à remplacer l’écran de veille Windows par… un écran de pub ! Et, ce matin, en arrivant au cabinet, la pub était… pour le NEBILOX !

Moi qui me croyais très fort en ne lisant que les magazines indépendants (en fait il n’y en a qu’un, la revue Prescrire), en refusant les visites des commerciaux (on y reviendra), en allant sur les sites de sociétés médicales qui s’efforcent de rester indépendants (SFMG, FORMINDEP, etc) …je me suis rendu compte qu’on perd facilement la maîtrise totale de ses prescriptions. Cela n’aurait aucune importance s’il s’agissait d’une boisson gazeuse, mais dans mon activité professionnelle c’est l’intérêt des patients qui est en jeu. Or la publicité des « Laboratoires » ne sert que l’intérêt… de leur actionnaires.

Résister à l’insidieux matraquage publicitaire, ce n’est pas aussi facile qu’on le croit. Nous avons l’illusion d’être libres de nos prescriptions.  Le budget marketing des firmes pharmaceutiques explose ces dernières années. Voila comment j’ai prescrit un médicament qui « n’apporte rien de nouveau » si l’on lit les publications scientifiques.


IPhone et consultation

19 avril 2010

Voici une petite histoire illustrant joliment ce qui peut arriver dans la relation médecin-malade quand on pense que tout le monde est geek alors qu’en fait, non.
Tout content de diagnostiquer une varicelle, de noter fièrement la maladie dans le carnet de santé à la case « déjà faite »,  j’en étais à trouver le médicament pour éviter que le bout de chou se gratte comme un dément et s’impétiginise. Or voila, trou de mémoire, qu’est ce qu’on donne déjà comme anti-histaminique chez l’enfant ? L’épidémie vient de commencer, je suis remplaçant, j’en vois pas tous les jours moi, bref je me souvenais plus du nom commercial (ah oui en plus je reçois pas les labos ça doit être pour ça). Je savais bien qu’il fallait donner un « anti-histaminique H1 ». D’habitude je vais sur internet et je trouve le médoc en deux temps trois mouvements, avec la posologie, les contre indications, et tout et tout, et je ne fais ainsi jamais d’erreur.

Malheur pour moi et mes neurones déficients, le médecin que je remplace, appelons-le Dr T., n’est pas informatisé ! Ni une ni deux, je sors mon iphone et je fais une petite recherche sur internet, re-malheur pour moi le réseau « edge » est super-lent, résultat je passe 3 minutes (c’est très long) à chercher comme un blaireau. Finalement je trouve le médicament, le mets sur l’ordonnance, merci c’est 22€ au revoir (ben qu’est ce que j’ai fait pour qu’elle fasse cette tête la dame ? J’ ai pourtant fait le job comme il faut…).
Deux jours, plus tard, la secrétaire-qui-connaît-tout-sur-tout-le-monde me dit : « ben tu sais quoi, Mme Truc, l’autre jour, la varicelle de son fils, ben elle a été voir le pédiatre, la soeur du Dr T, car elle trouvait bizarre que tu passes 5 minutes pendant la consultation à envoyer des SMS ! »

Alors chers amis jeunes médecins, si vous vous décarcassez à essayer de trouver une info sur internet en consultation, que ce soit sur votre iphone ou votre Mac (ou pécé), faites le bien savoir de votre patient sinon il croira que vous être encore en train de vous amuser sur internet en sa présence ! Ou pire, que vous imitez votre président de la République.

Vous passerez peut-être pour incompétent (très probablement), mais  certains patients seront rassurés de savoir que leur médecin utilise les technologies de l’information pour trouver la meilleure solution possible à leurs problèmes. Enfin j’espère…