THAÏS…

19 mai 2010

L’autre jour un patient vient me voir. La cinquantaine, ambulancier, habillé comme tel (avec sa grosse doudoune affichant un caducée dans un astérisque bleu). Petite voix.

« Bonjour docteur, je viens renouveler mon ordonnance ». Il a l’air un peu gêné, pas trop. Je suis le remplaçant de son médecin habituel. – Ah, qu’est-ce que vous prenez ?  Et là il marmonne : un patch là… d’œstradiol. Je cache ma surprise : « mais bien sûr… » je tâche de comprendre en essayant de déchiffrer la fiche papier du docteur T.  : « mais pour quelle affection prenez vous donc cela, c’est normalement… enfin je ne comprends pas ». Il me répond si, si, je prends ça depuis 20 ans… » « -Mais pourquoi,  euh, pourquoi ? (je cherche dans mes souvenirs de fac les raisons médicales pour lesquelles un homme devrait prendre des hormones féminines, des oestrogènes par voie cutanée) » … Là il ajoute : « pour faire pousser les seins ».  – « pardon ? »…Il conclut finalement et très rapidement :  « je pratique le transsexualisme… je ne peux faire l’amour que déguisé en femme ».  Ben voilà, c’est pas trop tôt ! C’était pas marqué dans la fiche du docteur T.

Pour info ce médicament a pour nom commercial (entre autres) : THAÏS.  C’est pas une blague. Il est très utilisé dans le « milieu » des transsexuels.

voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Troisi%C3%A8me_sexe#Tha.C3.AFlande


IPhone et consultation

19 avril 2010

Voici une petite histoire illustrant joliment ce qui peut arriver dans la relation médecin-malade quand on pense que tout le monde est geek alors qu’en fait, non.
Tout content de diagnostiquer une varicelle, de noter fièrement la maladie dans le carnet de santé à la case « déjà faite »,  j’en étais à trouver le médicament pour éviter que le bout de chou se gratte comme un dément et s’impétiginise. Or voila, trou de mémoire, qu’est ce qu’on donne déjà comme anti-histaminique chez l’enfant ? L’épidémie vient de commencer, je suis remplaçant, j’en vois pas tous les jours moi, bref je me souvenais plus du nom commercial (ah oui en plus je reçois pas les labos ça doit être pour ça). Je savais bien qu’il fallait donner un « anti-histaminique H1 ». D’habitude je vais sur internet et je trouve le médoc en deux temps trois mouvements, avec la posologie, les contre indications, et tout et tout, et je ne fais ainsi jamais d’erreur.

Malheur pour moi et mes neurones déficients, le médecin que je remplace, appelons-le Dr T., n’est pas informatisé ! Ni une ni deux, je sors mon iphone et je fais une petite recherche sur internet, re-malheur pour moi le réseau « edge » est super-lent, résultat je passe 3 minutes (c’est très long) à chercher comme un blaireau. Finalement je trouve le médicament, le mets sur l’ordonnance, merci c’est 22€ au revoir (ben qu’est ce que j’ai fait pour qu’elle fasse cette tête la dame ? J’ ai pourtant fait le job comme il faut…).
Deux jours, plus tard, la secrétaire-qui-connaît-tout-sur-tout-le-monde me dit : « ben tu sais quoi, Mme Truc, l’autre jour, la varicelle de son fils, ben elle a été voir le pédiatre, la soeur du Dr T, car elle trouvait bizarre que tu passes 5 minutes pendant la consultation à envoyer des SMS ! »

Alors chers amis jeunes médecins, si vous vous décarcassez à essayer de trouver une info sur internet en consultation, que ce soit sur votre iphone ou votre Mac (ou pécé), faites le bien savoir de votre patient sinon il croira que vous être encore en train de vous amuser sur internet en sa présence ! Ou pire, que vous imitez votre président de la République.

Vous passerez peut-être pour incompétent (très probablement), mais  certains patients seront rassurés de savoir que leur médecin utilise les technologies de l’information pour trouver la meilleure solution possible à leurs problèmes. Enfin j’espère…